Le chien senior

Le chien senior

Les progrès vétérinaires permettent désormais à nos chiens de vivre à nos côtés beaucoup plus longtemps. Nous devons à nos seniors une attention redoublée, mais comment leur assurer une vieillesse ou une prévieillesse heureuse ? Sébastien Marty, Docteur vétérinaire, répond à nos questions…

Qu’est ce que la vieillesse ?

Sébastien Marty, Docteur vétérinaire : Ce n’est pas une maladie mais un processus naturel débutant à la naissance et regroupant l’ensemble des mécanismes qui conduisent finalement à la mort. Les changements anatomiques et physiologiques associés à la vieillesse débutent plusieurs années avant l’apparition des signes extérieurs. Plusieurs de ces altérations commencent à se manifester progressivement et se poursuivent jusqu’à la mort, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’organisme ne puisse plus s’adapter. Sur le plan physiologique, le processus de sénescence cause le déclin des fonctions organiques puis le vieillissement des tissus et de l’aspect général du corps. Toutefois, la vieillesse n’est pas une fatalité et une prise en charge par votre vétérinaire toujours possible. On ne devrait plus entendre l’adage : « C’est normal, il est vieux ! »

Les chiens sont-ils tous égaux face à la vieillesse ?

Non, car l’espérance de vie de nos compagnons varie selon sa race et sa taille. Les chiens de petites races (moins de 15 kg) ont une espérance de vie généralement plus longue (14-18 ans) et ils sont considérés comme seniors vers 10 ans. A l’inverse, les chiens de race moyenne (Labrador ou Berger Allemand) seront seniors vers l’âge de 8-9 ans et auront une espérance de vie de 12 à 14 ans. Les chiens de taille géante ont malheureusement une espérance de vie courte (8-10 ans) et sont seniors vers 6-7 ans (vers 5 ans pour les races géantes). Il n’existe pas de différences entre les sexes. Toutefois, les femelles stérilisées vivent plus longtemps en raison d’une baisse de la fréquence des tumeurs mammaires. D’autres facteurs peuvent influencer l’espérance de vie (génétiques, diététiques et environnementaux…) toujours très variables selon les individus.

Quels sont les différents signes d’alerte ?

Les signes du vieillissement physiologique (ou sénescence) se traduisent le plus souvent par un changement de comportement, une modification de son état général comme une prise ou une perte de poids subite, l’apparition d’une tumeur, un essoufflement anormal, un manque d’entrain lors des promenades… Comme chez l’homme, le vieillissement de votre compagnon s’accompagne de modifications de son organisme plus ou moins importantes. Ainsi, pour tous les chiens, le vieillissement se traduit en général par des problèmes articulaires, une fragilisation des reins, un intestin « paresseux », un pelage terne, des dents en mauvais état, une sensibilité accrue au stress et aux maladies… Il convient aussi d’être très vigilant car de nombreux cas de décès, attribués généralement à la vieillesse, sont en réalité consécutifs à l’affaiblissement d’un ou plusieurs organes qu’il aurait été possible de traiter.

Est-ce que l’espérance de vie de nos compagnons a progressé ces 20 dernières années ?

Nous n’avons pas de données précises mais une pyramide des âges atteste du vieillissement de la population canine et féline. Ainsi, 41 % des animaux (chats et chiens confondus) ont plus de 8 ans. Cette situation a d’ailleurs tendance à augmenter. On peut toutefois imaginer également une perte de dynamique de renouvellement (moins de chiots de « remplacement » après le décès de l’animal, donc moins de jeunes). Toutefois, on constate que la place de l’animal évolue de manière favorable. Considéré aujourd’hui comme un membre de la famille, il bénéficie de plus en plus de soins. La médicalisation s’accentue et le taux de passage chez le vétérinaire progresse : les vaccinations régulières et ventes de traitements antiparasitaires internes et externes sont de bons indicateurs. En effet, selon les statistiques, un animal suivi de la sorte se rendrait deux fois plus chez le vétérinaire que les autres.

Comment bien le nourrir ?

Un chien sénior n’a plus les mêmes besoins énergétiques. Lorsqu’il était plus jeune et qu’il se dépensait avec toute la fougue de son âge, il brûlait très facilement les calories. Maintenant que son métabolisme fonctionne au ralenti, il faut absolument surveiller son poids. Tout comme les facteurs génétiques et environnementaux, les facteurs diététiques sont à prendre en compte. Les animaux n’étant pas en surpoids, et bénéficiant d’un régime riche en fibres et pauvre en graisses saturée vivent plus longtemps. N’oublions pas que le nourrir aujourd’hui, c’est aussi préparer son avenir ! Une adaptation alimentaire permet en effet de ralentir l’apparition des signes du vieillissement et d’éviter le développement trop précoce de certaines maladies, comme l’insuffisance rénale ou l’arthrose. Il faut donc lui donner la bonne quantité d’aliment, des ingrédients qui maintiennent son appétit, des protéines de bonne qualité, un apport de sel et de phosphore limité afin de préserver le cœur et les reins, des fibres pour le transit intestinal et davantage de calcium afin de préserver le capital osseux…

Quels sont les problèmes de santé les plus courants chez le chien âgé ?

Les problèmes de dentition et de cataracte ne sont pas les plus courants, contrairement à ce que l’on pense ! Sur environ 500 consultations (de 1998 à 2003) à l’école vétérinaire de Maison Alfort nous avons recensé les différentes pathologies (au sens large) les plus fréquentes chez les chiens âgés :

  1. Cardio – respiratoires : 31 %
  2. Tumeurs : 12 %
  3. Locomoteur : 9 % (arthrose)
  4. Dermatologie : 5 %
  5. Ophtalmologie : 4%
  6. Stomatologie : 2 %

Les rappels de vaccins sont-ils toujours à suivre ? N’est-il pas trop fragile ?

Face à la grippe, qui doit-on protéger en priorité ? Les personnes âgées et les enfants en bas-âge ! Soit un public plus sensible et plus fragile. Il en est de même pour la gente canine. Le chien senior présente un système immunitaire moins performant, il aura donc plus de mal à se défendre contre les attaques microbiennes. Même s’il sort moins, il reste toujours susceptible d’être contaminé lors de ses rares sorties (par des déjections sur le trottoir, les flaques d’eau et même par vos propres chaussures) ! Dans ce cas, pourquoi l’exposer inutilement à des pathologies dont il pourrait peut-être, ne pas guérir ? De plus, n’oublions pas qu’une consultation vaccinale est aussi une consultation de prévention. Il ne faut donc pas le priver de la possibilité de détecter un éventuel souci.

Un chien trop gros ou obèse a plus de chances de développer des troubles articulaires, les contraintes mécaniques pesant sur les articulations étant plus importantes

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