LE TEMPS ET LA DURÉE

LE TEMPS ET LA DURÉE

Vous avez changé de lieu de travail et depuis, vous ne pouvez plus rentrer à l’heure du déjeuner. Votre compagnon est seul toute la journée. Le vétérinaire vous a affirmé que 3 ou 8 heures d’absence pour les chiens sont la même chose, et que rentrer à l’heure du déjeuner provoquent deux stress au lieu d’un. Pourtant, vous constatez une différence dans son attitude entre une absence de 2 heures et une beaucoup plus longue. Il est bien plus joyeux à votre retour… A-t-il conscience du temps passé à vous attendre ?

Il est exact qu’un chien n’a pas une idée très précise du temps qui s’écoule. Dans ce sens, le laisser seul un quart d’heure ou deux heures lui causera le même stress. Cela ne veut pas dire que le chien est incapable de se repérer dans le temps. Bien au contraire. Il sait se raccrocher à toutes les habitudes de ses maîtres et aussi du voisinage, ce qui ne manque pas de nous étonner, nous qui sommes esclaves de notre montre et qui ne prenons pas le temps d’observer et de mémoriser les évènements, même insignifiants, et leur répétition. Tout cela pour expliquer que votre chien sait parfaitement que sa solitude n’est plus coupée par votre visite au déjeuner. Dans votre cas, ce changement a sans doute été noyé dans votre déménagement, lequel l’a certainement davantage perturbé qu’une longue solitude. Il faut lui laisser le temps de « retrouver ses marques », dans votre appartement comme lors de ses promenades. Et peut-être de s’habituer à un maître plus stressé

Est-ce qu’il s’ennuie ?

Que cette attente soit de 2 heures ou de 8 heures, il est bien difficile pour celui qui rentre à la maison de savoir comment elle a été vécue par ce compagnon. Parfois, quelques « indices » laissés par l’animal donnent une petite idée : des pantoufles détruites, un canapé grignoté, une plante qui gît sur le sol, une petite mare ou pire une crotte au beau milieu du salon sont la preuve que le temps a été trop long ! Mais souvent, si l’animal est propre et que l’absence n’a pas dépassé les limites de sa capacité à se retenir, le propriétaire a bien du mal à affirmer si son chien a eu conscience de la durée réelle de l’« éloignement ».

Des tests d’absence

C’est pour tenter de répondre à cette interrogation que des chercheurs ont soumis des chiens à des tests d’absence. Pour cela, ils ont filmé 25 chiens, connus pour ne pas souffrir d’anxiété de séparation, durant l’absence de leur maître qui « disparaissait » pendant une demi-heure, deux heures ou quatre heures. Si ces « expériences » n’ont révélé aucune différence de comportement durant la période d’absence quelle que soit sa durée, elles ont montré des comportements significativement différents au retour des propriétaires. En effet, les chiens qui avaient été séparés de leur maître le plus longtemps avaient manifesté plus « franchement et ostensiblement » leur joie à retrouver leur maître : activité plus importante, battements de la queue plus vigoureux… visiblement, l’enthousiasme à rétablir le contact était plus manifeste. Doit-on en conclure pour autant que cette intensité de comportements signifie que l’animal a pris conscience de la durée de la séparation ? C’est un pas que les
scientifiques n’osent pas encore franchir…

Comment occupent-ils leur temps ?

Ce qu’ils savent, en revanche, c’est la manière dont les animaux laissés seuls occupent leur temps. Le chien qui a tendance à diminuer son activité pendant l’absence de son maître pour privilégier le sommeil auquel il consacre la majorité de ce temps lorsqu’il est loin de lui. Ce qui expliquerait son enthousiasme à le retrouver car cela signifie pour lui la perspective de jeux ou d’interaction qui lui ont manqué dans la journée.

Perception du temps

S’ils ne voient pas le temps passer lorsqu’ils sont seuls à la maison, ils le voient encore moins se dérouler tout au long de leur vie. Passé présent, futur… ne semblent pas exister de la même manière que pour nous pour nos chats et chiens. Se rendent-ils comptent qu’un événement s’est produit pour eux dans le passé, qu’ils sont jeunes (ou vieux), ont-ils des envies, des projets pour les jours, les mois à venir ? Il semble bien que les animaux sont comme « bloqués dans le temps » avec une perception très limitée de son déroulement. Ils vivent au moment présent et ne peuvent pas mentalement « voyager dans le temps ».

En l’état actuel des connaissances scientifiques, les animaux n’ont pas fait la preuve qu’ils se souviennent consciemment d’événements passés avec leur contexte (date, lieu et état émotionnel) ou se remémorent des souvenirs. Plus simplement, leur mémoire leur permet de stocker des informations apprises, mais sans possibilité de dater l’événement et les circonstances de l’événement. Ainsi, lorsqu’un chien réalise ce qu’on lui demande parce qu’il sait qu’il recevra une récompense pour cela, c’est davantage dû au mécanisme d’apprentissage de son espèce qu’à une capacité à se souvenir d’un événement. Le chien a associé que tel comportement déclenchait la venue d’une récompense (friandise ou caresse) par le biais d’un conditionnement classique (de type pavlovien). C’est le type de comportement qu’on retrouve suite à l’établissement d’une routine quotidienne (horaires réguliers de repas, de promenades, etc.).

Les événements routiniers sont souvent accompagnés de signaux externes qui permettent à l’animal de se préparer et d’anticiper, induisant des changements comportementaux de sa part. Par son caractère prévisible, la routine est importante, notamment pour les horaires des repas, afin d’éviter des comportements de frustration dus à l’attente. Le chien se souvient autant des bonnes que des mauvaises expériences, par association des situations et des personnes, ou des événements avec les lieux. Il se souviendra de personnes qu’il connaît, des lieux où il se promène, des pensions où il passe des vacances… mais sans avoir réellement de référence dans le temps.

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